La HAS actualise le guide de 2012
Le 28 mars 2024, le collège de la Haute Autorité de santé (HAS) adopte un nouveau « Guide : Bonnes pratiques en matière de simulation en santé », accompagné d'une synthèse. Ce document actualise la version de 2012 en intégrant des thématiques absentes ou peu traitées auparavant et en tenant compte de l'évolution des pratiques — simulation in situ, numérique, gestion du risque infectieux, éthique, chirurgie simulée, etc.
La HAS s'appuie sur la littérature, les recommandations nationales et internationales, et sur le retour d'expérience de la démarche d'évaluation des structures de simulation menée par la Société francophone de simulation en santé (SoFraSimS) depuis 2016. Pour les IFSI, ce guide est une référence pour structurer ou faire évoluer un plateau technique et les scénarios pédagogiques.
Objectifs : qualité, sécurité et professionnalisation
Le guide vise à mettre en œuvre des programmes de simulation de qualité pour les professionnels de santé, en couvrant les programmes, les organisations, les infrastructures, la recherche et l'évaluation. Il s'inscrit dans la mission de la HAS : renforcer la qualité des soins, la sécurité du patient et la gestion des risques.
La simulation est présentée comme une méthode pédagogique, mais aussi comme un outil de gestion des risques et un support de recherche. Si le texte cible en priorité la formation continue et les structures dédiées, il précise que ses préconisations peuvent inspirer les organisateurs de formation initiale — donc les écoles de santé et les IFSI qui intègrent déjà des travaux pratiques simulés dans le cursus infirmier.
Trois parties pour cadrer la pratique
Le document se structure en trois volets : la mise en œuvre de la simulation sous toutes ses formes dans les structures (centre de simulation, organisme de formation, école) ; le regroupement d'activités formalisées en plateformes ; les aspects transversaux (gouvernance, qualité, éthique, sécurité, recherche). Il définit des standards d'organisation quel que soit le mode d'exercice — centre exclusif, activité au sein d'un plus large dispositif de formation, école de santé.
Pour un IFSI, cela invite à clarifier la gouvernance de la simulation : qui valide les scénarios, comment sont assurés le briefing et le débriefing, comment les apprentissages sont évalués et tracés.
Analyse des besoins, scénarios et débriefing
Les bonnes pratiques insistent sur une démarche structurée : analyse des besoins de formation, définition d'objectifs pédagogiques mesurables, conception de scénarios adaptés au niveau des apprenants, préparation des participants (briefing), déroulement sécurisé puis débriefing structuré pour transformer l'expérience en apprentissages durables. L'évaluation porte à la fois sur les participants et sur la qualité du programme.
Le guide rappelle que la simulation ne remplace pas l'expérience clinique réelle mais la complète — ce qui rejoint les textes sur le diplôme d'infirmier, qui plafonnent la part de simulation dans le volume clinique global tout en l'encourageant en présentiel et en stage.
Formateurs en simulation : compétences exigées
Les formateurs, médicaux ou non médicaux, occasionnels ou réguliers, doivent détenir une formation spécifique à la simulation (diplôme universitaire, attestation reconnue, etc.) et une expérience pédagogique dans le domaine enseigné. Leur nombre doit être adapté aux effectifs et aux approches pédagogiques. Leurs compétences sont évaluées selon les critères du guide.
Pour les équipes pédagogiques d'IFSI, cela signifie investir dans la formation des cadres de santé formateurs et des enseignants-chercheurs qui animent les séances simulées, et documenter ces compétences dans les dossiers d'accréditation et d'évaluation.
Infrastructures, sécurité et éthique
Le guide aborde l'aménagement des espaces, le matériel, la traçabilité des sessions, la gestion du risque infectieux lors des exercices, le consentement et le respect des participants lors des simulations impliquant des acteurs standardisés ou des patients simulés. Il encourage aussi le développement de la recherche en simulation, en s'appuyant sur les axes identifiés par la Society for Simulation in Healthcare.
Les IFSI qui partagent un plateau avec d'autres filières paramédicales ou avec un établissement de santé peuvent s'en servir comme grille de lecture commune pour les conventions et les protocoles de sécurité.
La dimension éthique couvre la confidentialité, la gestion du stress induit par certaines mises en situation et la prévention des pratiques humiliantes ou dégradantes. Le guide invite à documenter les incidents ou quasi-incidents survenus en simulation pour améliorer les protocoles, à l'image des démarches qualité en établissement de soins.
Évaluation des structures et amélioration continue
La démarche SoFraSimS d'évaluation des structures a montré l'intérêt d'auto-évaluations et d'audits par les pairs. Le guide HAS 2024 intègre cette culture d'amélioration continue : indicateurs de satisfaction, revue périodique des scénarios, mise à jour des protocoles selon les recommandations professionnelles et les retours d'expérience des étudiants.
Articulation avec la formation infirmière
L'arrêté de 2026 impose l'usage des outils de simulation en théorie et en pratique et autorise une part limitée de simulation dans le temps de stage. Le guide HAS de 2024 fournit le « comment » qualitatif : comment concevoir une session, comment évaluer, comment améliorer en continu. Les deux textes se complètent pour les responsables de formation.
Les étudiants en soins infirmiers y trouvent aussi une grille de lecture : une séance de simulation de qualité doit avoir des objectifs clairs, un cadre sécurisé et un temps d'analyse collective après l'exercice.
Ressources complémentaires
La HAS propose par ailleurs une synthèse du guide, des fiches sur la simulation et la gestion des risques, et poursuit des travaux avec la SoFraSimS sur la simulation de la relation professionnel–patient. Télécharger le guide complet (mars 2024) sur le site has-sante.fr reste la démarche de référence pour toute équipe qui souhaite aligner ses pratiques sur les standards nationaux.


