Une projection à l'horizon 2050 fondée sur les données de santé
En décembre 2024, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) publie une étude sur les trajectoires possibles des effectifs d'infirmiers et d'infirmières en emploi. Le document s'appuie sur un modèle de projection mobilisant le Système national des données de santé (SNDS), la base tous salariés (BTS), le panel tous actifs de l'Insee et les enquêtes « Écoles » et « Étudiants en formation aux professions de santé » de la DREES. L'objectif est d'estimer le nombre de professionnelles en activité entre 2021 et 2050, en supposant que les comportements observés ces dernières années se maintiennent, puis de comparer ces effectifs à la demande de soins infirmiers liée au vieillissement de la population.
Pour les futurs infirmiers et les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), ces résultats ne sont pas une simple curiosité statistique : ils éclairent la tension entre l'offre de places en école, les sorties de formation et les besoins réels du système de santé. Comprendre l'écart entre croissance des effectifs et croissance des besoins aide à situer les enjeux d'attractivité, de réussite en cursus et d'insertion professionnelle.
Près de 821 000 infirmières en emploi en 2050 dans le scénario tendanciel
Entre 2013 et 2021, le nombre d'infirmières en emploi a progressé de 8 %, pour atteindre près de 600 000 en 2021. Dans l'hypothèse d'un maintien des politiques de formation en vigueur et de comportements constants, la DREES estime une hausse de 37 % entre 2021 et 2050, soit environ 821 000 infirmières en emploi à l'horizon 2050.
L'exercice libéral continuerait de se développer : le nombre d'infirmières libérales augmenterait de 75 % sur la période de projection, passant d'environ 16 % des effectifs en 2021 à 21 % en 2050. L'âge moyen des infirmières, autour de 41 ans, resterait quasi stable. En revanche, la structure par âge évoluerait légèrement : la part des infirmières de 60 ans ou plus et celle des moins de 25 ans gagneraient chacune un point (de 6 % à 7 % pour ces tranches).
Ces chiffres traduisent une profession qui grossit en volume, mais dont la répartition des modes d'exercice et des générations pourrait peser sur l'organisation des soins, notamment en ville et en établissement.
Des besoins en soins qui croissent plus vite que les effectifs
Entre 2013 et 2021, les effectifs ont crû plus vite que la population, mais la part des personnes âgées — grandes consommatrices de soins infirmiers — a aussi fortement augmenté. Les besoins en soins infirmiers ont donc progressé plus rapidement que le nombre d'infirmières, et la « couverture » des besoins a diminué.
D'ici à 2050, la population française augmenterait moins vite que le nombre d'infirmières, mais la part des personnes plus âgées serait plus élevée. Si les consommations de soins par tranche d'âge restent constantes, les besoins en soins infirmiers s'accroîtraient de 50 % entre 2021 et 2050 — davantage que la hausse de 37 % des effectifs. Il faudrait environ 80 000 infirmières supplémentaires en 2050, par rapport à cette projection, pour assurer la même couverture des besoins qu'aujourd'hui.
Pour les territoires comme les Hauts-de-France, où la demande de professionnels reste forte, ce décalage confirme l'intérêt de sécuriser les parcours de formation et de limiter les abandons en cours de cursus.
Former davantage : le levier des diplômées
Pour accroître les effectifs, la DREES identifie le nombre de diplômées comme principal levier. Maintenir le niveau actuel de couverture des besoins impliquerait soit une hausse pérenne d'environ 14 % du nombre de places en formation, soit une division par deux du « taux de perte » d'étudiantes en cours de formation — un indicateur en forte hausse ces dernières années.
Au total, il faudrait environ 32 900 diplômées chaque année, contre 29 000 attendues dans le scénario tendanciel et 25 000 en moyenne entre 2013 et 2021. Chaque place ouverte en IFSI compte donc doublement : elle alimente le vivier national et participe à la réponse aux besoins de soins.
Attractivité, conditions de travail et rétention
Un autre levier consiste à améliorer l'attractivité de la profession. Cela permettrait de maintenir des taux d'inscription en école aussi élevés qu'actuellement, même en cas de forte hausse des places ouvertes, et de réduire les pertes en cours de formation. De meilleures conditions de travail pourraient aussi limiter les cessations d'activité en milieu de carrière ou en fin de parcours.
Les candidats qui préparent le diplôme d'État infirmier ont intérêt à suivre ces débats : ils concernent l'employabilité, la diversité des lieux d'exercice et la soutenabilité d'une carrière sur plusieurs décennies.
Ce que retiennent les IFSI et les candidats
L'étude DREES ne préjuge pas des réformes à venir — comme l'arrêté de 2026 sur le diplôme d'État — mais elle fixe un cadre quantitatif clair. Les instituts de formation, en lien avec les universités et les conseils régionaux, restent au cœur de la réponse, à condition que les places ouvertes se traduisent par des diplômés en exercice.
Pour un projet d'orientation vers les soins infirmiers, lire ces projections aide à comprendre pourquoi l'accès en formation reste sélectif sur Parcoursup dans certaines académies, et pourquoi la réussite en trois ans (ou plus en cas de réorientation) est un enjeu collectif autant qu'individuel.
La publication « Études et Résultats » n° 1319, parue le 5 décembre 2024, constitue la référence à consulter pour le détail des hypothèses et des résultats. Elle invite à une lecture nuancée : la profession grandit, mais le vieillissement de la population impose de former plus, mieux accompagner les étudiants et valoriser l'exercice infirmier sur le long terme.


