Pourquoi l'IGAS et l'IGÉSR ont été saisies
En octobre 2022, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l'inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) rendent un rapport conjoint sur l'évolution de la profession et de la formation infirmières. La mission est confiée dans un contexte de hausse des besoins de santé et de tensions sur le système de soins. Elle porte sur le « socle » de compétences infirmier tout en intégrant les évolutions récentes : pratique avancée, protocoles de coopération, place de la prévention et de la coordination du parcours.
Les infirmiers et infirmières constituent la première profession de santé par le nombre. Le rapport analyse les parcours des étudiants et des professionnels sur leurs lieux d'exercice et insiste sur les enjeux d'attractivité — un thème qui résonne directement avec le travail des IFSI et des futurs diplômés.
4 600 heures : répondre à la directive européenne
La formation française était confrontée à un déficit d'environ 400 heures au regard de la directive européenne sur la reconnaissance des qualifications professionnelles, dans un contexte de mise en demeure de la France par la Commission européenne. La mission propose de porter la durée globale de la formation de 4 200 à 4 600 heures sur trois ans, dont 2 300 heures de formation clinique, stages et exercices de simulation en santé, et 2 300 heures d'enseignement théorique dont 500 heures de travaux personnels et collectifs encadrés.
Cette réorganisation doit concilier conformité européenne, évolution des compétences attendues, inscription dans le schème LMD et préservation d'une charge de travail supportable pour les étudiants. L'organisation retenue ne doit pas alourdir excessivement le temps de présentiel ni le travail personnel.
Réviser le référentiel de 2009 en blocs de compétences
Le référentiel de formation de 2009, jugé prescriptif et trop détaillé, n'est plus adapté aux évolutions du métier. La mission recommande sa révision en blocs de compétences, avec trois principes : la délivrance du diplôme de licence, un caractère moins prescriptif et une évaluation par le Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (HCERES).
Les arbitrages portent aussi sur l'exercice professionnel : jusqu'où faire évoluer le champ de compétences infirmier, comment articuler avec les médecins et les autres professions, comment accompagner la montée en expertise par la formation continue et des passerelles. Le rapport cite des exemples internationaux où l'autonomie infirmière est élargie sur la prévention et la coordination.
Attractivité, conditions d'exercice et parcours
L'analyse des lieux d'exercice — hospitalier, ville, médico-social — met en lumière des difficultés récurrentes : charge de travail, turn-over, reconnaissance. Pour les étudiants en IFSI, ces constats expliquent l'importance des stages de qualité, du mentorat et de la préparation à des environnements variés. Le rapport plaide pour une refonte de la formation initiale couplée à un renforcement de la formation continue.
La mission insiste aussi sur les passerelles entre filières paramédicales, sur l'accueil des aides-soignants expérimentés et sur la nécessité d'outiller les établissements pour fidéliser les jeunes diplômés. Les enquêtes menées auprès d'étudiants et de professionnels en poste alimentent des recommandations sur les stages, la simulation et l'accompagnement psychologique.
Les recommandations adressées aux ministères prévoient un calendrier de mise en œuvre (plusieurs mesures ciblant une rentrée 2024 pour le passage à 4 600 heures). Les évolutions législatives ultérieures — loi de 2025 et arrêté de février 2026 — reprennent et précisent cette trajectoire, avec notamment 4 620 heures et cinq domaines de compétences pour les entrées en 2026.
Ce que les IFSI peuvent en retirer
Pour un institut de formation, le rapport IGAS-IGÉSR est une feuille de route intellectuelle : volumes horaires, place de la simulation, gouvernance université–IFSI–région, évaluation des compétences plutôt que simple empilement de matières. Il légitime des investissements en centres de simulation et en formation des formateurs.
Pour les candidats, il rappelle que le diplôme d'État s'inscrit dans une profession en mouvement, avec des exigences accrues en matière de raisonnement clinique, de prévention et de travail en équipe pluriprofessionnelle.
Lien avec les textes actuels
Le lecteur d'aujourd'hui peut rapprocher les 4 600 heures recommandées en 2022 des 4 620 heures fixées par l'arrêté de 2026, et les « blocs de compétences » des cinq domaines A à E du nouveau référentiel. La continuité est forte, même si la nomenclature et les annexes ont été enrichies.
Consulter le rapport complet (octobre 2022, disponible sur les sites IGAS et partenaires) reste pertinent pour comprendre les motivations des réformes et les données sur les effectifs, les abandons en formation et les perspectives d'emploi qui fondent les décisions publiques.
Formation initiale et responsabilité collective
En conclusion, le rapport IGAS-IGÉSR ne se limite pas à une liste de recommandations techniques : il replace la formation infirmière au centre de la résilience du système de santé. Chaque promotion d'étudiants formés en IFSI participe à cette réponse, à condition que les référentiels, les stages et les ressources pédagogiques suivent le rythme des évolutions réglementaires et des besoins des patients.
Les annexes du rapport détaillent des propositions chiffrées sur les effectifs, les délais de mise en œuvre et la gouvernance des écoles. Elles valent document de référence pour comprendre d'où viennent les réformes visibles aujourd'hui dans l'arrêté du diplôme d'État et les débats sur la pratique avancée.
À l'échelle d'un territoire comme les Hauts-de-France, ces orientations éclairent les négociations entre universités, ARS et conseil régional sur les capacités d'accueil et les investissements en simulation — des sujets désormais inscrits dans les conventions de groupement.


